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Des premiers contacts avec
l'Europe à l'empire Gia Long
La période qui s’étend du
XVIe au XVIIIe siècle est marquée à la fois par l’extension continue de
la puissance vietnamienne en direction du sud mais aussi par la division
opposant le nord et le sud du pays, dirigés respectivement par les Trinh
et les Nguyen. La même période voit également l’irruption des
Occidentaux en Asie du Sud-Est où interviennent désormais marchands
portugais et missionnaires catholiques.
1527 : Début d’une crise dynastique. Mac Dang Dung se rend maître
d’une partie du Tonkin et y impose pour quelques décennies la dynastie
des Mac ; celle-ci sera vaincue par les Trinh, qui constitueront à la
fin du siècle la principale lignée dirigeante dans le bassin du fleuve
Rouge.
1535 : Le navigateur portugais Antonio de Faria reconnaît la baie
de Tourane où le comptoir de Fai Foo devient ensuite un lieu d’échanges
pour les marchands établis à Macao.
1545 : Le chef des partisans de la dynastie légitime, Nguyen Kim,
est tué au combat au Tonkin. Son fils Nguyen Hoang et son gendre Trinh
Kiem se partagent alors le pays, ce qui va donner naissance à deux
lignées rivales. Les Trinh contrôlent le Nord où la légitimité de la
dynastie Le demeure reconnue et où s’établit une « cohabitation » de
fait entre le souverain et « l’homme fort » reconnu du pays. Les Nguyen,
qui ont établi leur capitale à Hué, gouvernent le Sud jusqu’en
Cochinchine. La lutte opposant les deux camps prend alors la suite de
celle menée par le Dai Viet contre le pays champa, à la différence que
les adversaires sont maintenant des Vietnamiens.
1613 : Le navigateur anglais Richard Carwarden est massacré dans
la baie de Tourane.
1614 : Arrivée dans le comptoir établi par les Portugais à Macao,
au sud de la Chine, des premiers missionnaires jésuites qui entendent
entreprendre l’évangélisation du Vietnam.
1627-1630 : Séjour au Tonkin du missionnaire jésuite français Alexandre
de Rhodes qui entreprend l’évangélisation du pays. Expulsé du Tonkin, il
conduira une action analogue après 1645 en Indochine et sera le
transcripteur de la langue vietnamienne en caractères latins pour
favoriser l’action missionnaire. Il fera imprimer à Rome un catéchisme
bilingue en latin et en annamite et un dictionnaire
annamite-latin-portugais destiné aux missionnaires. Sans pouvoir
conduire lui-même le projet jusqu’à son terme, il fut à l’origine de la
création en 1660 de la Société des missions étrangères de Paris qui
allait prendre une part décisive dans l’effort d’évangélisation des pays
d’Extrême-Orient.
1637 : Les Hollandais de la Compagnie des Indes orientales
installés à Batavia établissent un comptoir à Hung Yen, au Tonkin. Ils
s’installeront ensuite à Hanoi mais n’y resteront pas au-delà de 1700.
De 1636 à 1654, ils envoient des bateaux en Annam mais y sont mal
accueillis.
1664 : La Société des missions étrangères envoie le père Chevreul
en Annam. Il est suivi deux ans plus tard par le père Deydier au Tonkin.
Le succès de l’évangélisation suscite bientôt des réactions de la
hiérarchie mandarinale et les phases de persécution succèdent aux
périodes d’ouverture. L’Annam des Nguyen est plus accueillant aux
missionnaires que le Tonkin des Trinh. À la cour de Hué, les princes
Nguyen Minh Vuong et Vo Vuong tiennent à garder auprès d’eux les
mathématiciens, astronomes, médecins et naturalistes jésuites. Ces
savants sont les premiers à décrire la nature indochinoise, notamment le
père Jean de Loureiro, auteur d’une Flora Cochinchinensis qui sera
publiée en 1790.
1673 : L’Anglais William Gyfford fonde un comptoir à Hung Yen ;
il est transféré à Hanoi dix ans plus tard mais les Anglais
l’abandonneront en 1697 après l’échec, en 1695, de leur tentative
d’installation en Annam.
1677 : Les Tonkinois qui tentaient de s’emparer du Sud sont
repoussés.
1692 : Le dernier roi cham s’étant révolté, il est vaincu et
chassé. Depuis la fin du XVe siècle, la colonisation vietnamienne a
refoulé et progressivement fait disparaître les populations cham, qui
n’ont plus aucune existence politique au XVIIIe siècle.
1658 : Les Nguyen se font céder par le Cambodge la province de
Bien Hoa. La poussée vietnamienne se confirme vers le sud.
1696 : Les Nguyen s’emparent de Saigon et poussent les frontières
méridionales du Vietnam jusqu’au Mékong. Maîtres de la partie orientale
de la Cochinchine dès la fin du XVIIe siècle, les Nguyen étendent leur
pouvoir vers l’ouest, au détriment du Cambodge, et se posent en
protecteurs de certaines populations locales contre les ambitions
siamoises. En 1765, la domination des Nguyen s’étend sur toute la
Cochinchine, à l’exception de la région de Soc Trang, qui ne sera
occupée qu’en 1840.
1702 : Les Anglais s’emparent de l’île de Poulo Condore, en face
des bouches du Mékong, qui était également convoitée par la Compagnie
française des Indes mais ils ne pourront s’y maintenir.
1738-1765 : Règne à Hué du prince Nguyen Vo Vuong.
1744 : Reconnaissance de Friel, un neveu de Dupleix, en baie de
Tourane mais les projets d’installation sont reportés en raison de la
guerre avec l’Angleterre. 1749 : Arrivée de Pierre Poivre à Tourane. Il
est très bien accueili à Hué par le prince Nguyen Vo Vuong mais les
perspectives commerciales apparaissent limitées.
1773 : Les trois frères Nguyen Van Nhac, Nguyen Van Lu et Nguyen
Van Hué, originaires du village de Tay Son, prennent la tête d’un
mouvement de rébellion provoqué par les exactions du régent Truong Phuc
Loan qui dirige le gouvernement pendant la minorité du jeune prince Hué
Vuong, successeur de Vo Vuong disparu en 1765. L’aîné de ceux que l’on
appelle les Tay Son réussit à s’emparer de Qui Nhon.
1774 : Pierre Pigneau de Béhaine est nommé vicaire apostolique de
la Cochinchine.
1774-1775 : Les Tonkinois profitent des troubles qui affectent le
Sud pour l’envahir et prendre leur revanche de la défaite subie un
siècle plus tôt. Ils s’emparent de Hué puis de Saigon en 1776 avant de
mettre à mort l’année suivante le prince Hué Vuong. C’est le neveu de
celui-ci, Nguyen Anh, âgé de quinze ans, qui est aussi le petit-fils de
Vo Vuong, qui hérite des droits au trône de Hué.
1775 : Après Choiseul sous Louis XV, Vergennes et Sartine,
secrétaires d’État aux Affaires étrangères et à la Marine au début du
règne de Louis XVI, veulent relancer l’enteprise indochinoise mais les
dépenses que va bientôt engendrer la guerre d’Amérique dissuadent le
gouvernement de donner suite à ce projet.
1781 : Nguyen Anh prend le contrôle d’une partie de la
Cochinchine mais il doit pouvoir compter sur une aide étrangère pour
réussir à l’emporter complètement sur ses adversaires.
1784 : Nguyen Anh confie son fils, le prince Canh âgé de quatre
ans, à monseigneur Pigneau de Béhaine, évêque d’Adran, pour qu’il
l’emmène avec lui à Versailles. Partis d’Indochine à la fin de 1784, ils
embarquent à Pondichéry pour la France en juillet 1786.
1786 : Pendant que Nguyen Anh, exilé, se réfugie à la cour du roi
de Siam, les Tay Son prennent Hué en chassant les Trinh et envahissent
le Tonkin où ils prennent Hanoi le 21 juillet. Le prince Trinh Khoi, «
seigneur du Nord », se suicide. Pour donner un semblant de légitimité à
son action, Nguyen Van Hué, le plus jeune des Tay Son, vient rendre
hommage au roi Lé Hien Ton qui meurt quelques jours plus tard en
laissant le trône à son petit-fils Lé Duy Ki. La fiction de la
souveraineté des Lé était ainsi maintenue. La puissance des Trinh était
abattue, tout comme celle des Nguyen, et les Tay Son se partagèrent le
pays. L’aîné prit l’Annam et le titre d’empereur, le second la
Cochinchine et le plus jeune le Tonkin.
Février 1787 : Pigneau de Béhaine et le prince Canh débarquent à
Lorient. Montmorin et Castries, secrétaires d’Etat aux Affaires
étrangères et à la Marine, sont favorables aux projets de l’évêque d’Adran.
28 novembre 1787 : Signature du traité de Versailles. La France
s’engageait à soutenir Nguyen Anh pour qu’il récupère ses États ; elle
enverrait pour cela quatre frégates et un corps expéditionnaire avec de
l’artillerie. En contrepartie, elle obtenait la souveraineté sur le port
de Tourane et l’île de Poulo Condore ainsi qu’un privilège commercial
exclusif dans tout le royaume.
Août 1788-mars 1789 : Reconnaissance du chevalier de Kersaint sur
les côtes indochinoises, envoyée par le commandant des troupes
françaises en Inde, le comte de Conway, qui a reçu de Versailles des
consignes de prudence. Pigneau de Béhaine ne se décourage pas et recrute
suffisamment de volontaires pour mettre en œuvre l’expédition prévue.
Février 1789 : À l’issue d’une ultime tentative de résistance, Le
Duy Ki doit prendre la fuite après une nouvelle prise de Hanoi par
Nguyen Van Hué et sa fuite marque la fin de la dynastie des Lé.
1790 : L’empereur de Chine accepte le tribut que lui paient les
Tay Son et reconnaît Nguyen Van Hué comme « roi d’Annam ». L’intéressé
fonde une nouvelle capitale à Trung Do, et Hanoi devient Bac Thanh, la «
ville forte du Nord ».
1792 : Destruction par la division navale française engagée aux
côtés de Nguyen Anh de la flotte des Tay Son.
1792-1799 : Par une série de campagnes heureuses, Nguyen Anh
reconquiert le sud du Vietnam. En juillet 1799, il s'empare de Qui Nhon,
la principale citadelle des Tay Son.
1801 : Nguyen Anh réussit à prendre Hué avec l’aide de la flotte
française.
1802 : Il s’empare de Hanoi et défait définitivement les Tay Son.
Il peut alors se proclamer empereur sous le nom de Gia Long. Le
vainqueur avait non seulement reconquis les territoires de ses ancêtres
Nguyen mais il leur avait ajouté le Tonkin, réalisant ainsi l’unité de
l’Indochine depuis le golfe du Tonkin jusqu’au golfe du Siam.
1803: L’empereur de Chine répond à l’ambassade que lui a envoyée
Gia Long en fixant le montant du tribut payable tous les deux ans et en
donnant le nom de Vietnam aux territoires placés sous l’autorité de
celui qui se reconnaissait son vassal. Une ambassade chinoise fut
envoyée en 1804 à Hanoi pour confirmer les décisions impériales. Le
nouveau souverain, fils du Ciel et monarque absolu, réorganise l’adminitration
mandarinale et maintient la division du pays en trois grandes régions
(Bac Ky-Tonkin au nord, Nam Ky-Cochinchine au sud et Trung Ky-Annam où
il installe sa capitale à Hué).Un gros effort fut réalisé en matière de
réfection des digues et d’étabissement de greniers permettant
d’accumuler les réserves nécessaires pour conjurer les famines. Un
réseau routier fut établi, ainsi qu’un service de postes.
1811-1815 : Promulgation d’un nouveau code inspiré par celui des
empereurs mandchous de Chine.
3 février 1820 : Mort de Gia Long. L’œuvre de redressement et
d’unité accomplie va être compromise par ses successeurs.
1820-1841 : Règne de Minh Mang. Très attaché à la dimension
religieuse de sa fonction, il se montre hostile aux missionnaires
catholiques et renvoie les nombreux conseillers européens de son
prédécesseur.
1832 : Édit de persécution générale contre les chrétiens. Il
entraîne une révolte qui durera trois ans et se terminera sur une
répression féroce.
1841-1847 : Règne de Thieu Tri, qui poursuit la politique de
persécution des missionnaires.
1848 : Avènement de Tu Duc. |
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