De la préhistoire au quinzième siècle

 Les découvertes réalisées en Chine et en Indonésie ont révélé la présence d’archanthropiens en Asie orientale et méridionale et il est acquis que ceux-ci ont été également présents sur le territoire de l’actuel Vietnam où les découvertes réalisées au cours du dernier siècle ont montré que le paléolithique inférieur y était bien représenté. Des restes d’anthropiens vieux de 500 000 ans ont été mis au jour en 1965 dans la commune de Tan Van (province de Langson). Des traces d’industries contemporaines ont été découvertes dans la province de Thanh Hoa dès 1960. À la la fin du paléolithique, le delta du fleuve Rouge n’était pas encore comblé et l’homme s’est installé dans les massifs calcaires situés à la périphérie et riches en grottes pouvant lui fournir des abris. Les sites de Hoa Binh et de Bac Son ont ainsi livré une industrie lithique très abondante et très diversifiée. Outre la pierre et l’os, le bambou était certainement très utilisé pour la fabrication de divers objets et outils. La poterie apparaît à l’époque de Bac Son mais la cueillette et la chasse sont les principales activités et l’agriculture et l’élevage demeurent inconnus. Dans le même temps les populations des régions littorales vivent de la pêche et du ramassage des coquillages. Elles ont laissé d’importants amas de coquillages (mound shells) et des tombes. La riziculture apparaît et se répand progressivement aux IVe-IIIe millénaire avant J.-C. L’outillage comprend désormais des haches et des herminettes de pierre polie. L’homme peut alors défricher de vastes zones et fabriquer des barques pendant que l’industrie céramique se diversifie. Le village composé de maisons bâties sur pilotis (pour se protéger des attaques des tigres) se généralise à cette époque. Les vestiges humains découverts sur les sites de Hoa Binh, de Bac Son et de Quynh Van indiquent que leurs habitants appartenaient au groupe austronésien mais des éléments mongoloïdes venus du nord apparaissent de très bonne heure et leur croisement avec ces anciens occupants a donné naissance au groupe des mongoloïdes méridionaux qui, au fil du temps, vont devenir largement prépondérants. Toutes les ethnies présentes actuellement sur le territoire vietnamien appartiennent au groupe des mongoloïdes méridionaux mais certaines présentent encore, à des degrès divers, des caracétéristiques du groupe austronésien originel. C’est donc une synthèse locale qui est à l’origine de la population vietnamienne autochtone – et non l’intervention d’une migration extérieure – qui a été décisive dans la formation du peuple vietnamien, ce que confirme l’évolution typologique de l’outillage et de la céramique.
Milieu du IIe millénaire avant J.-C. : Apparition, avec la culture de Phung Nguyen, de la métallurgie du bronze dans la Moyenne Région et dans la plaine du fleuve Rouge.
Fin du Ie millénaire avant J.-C. : Culture de Dong Dau suivie par celle de Go Mun.
Début du Ier millénaire avant J.-C. : Apogée de la civilisation du bronze avec la culture de Dong Son, identifiée en 1924 dans la province de Thanh Hoa (près d’une centaine de stations ont été reconnues dans toutes les régions du Nord-Vietnam). Les objets les plus remarquables que nous a laissés cette culture sont les tambours de bronze utilisés dans les cérémonies d’invocation à la pluie, dont le plus célèbre est, pour son magnifique décor, celui de Ngoc Lu. Agriculture sur brûlis, riziculture irriguée, céramique, métallurgie et vannerie connaissent alors un remarquable essor. Maisons et jonques figurées sur les tambours de bronze témoignent d’un développement du travail du bois. Des échanges sont avérés avec la Chine et l’archipel indonésien aux Ve-IIIe siècles avant J.-C. Au sud de l’aire propre à la culture de Dong Son, celle de Sa Huynh est caractérisée par un type de sépultures présent également au Laos, en Thaïlande, aux Philippines et en Indonésie.
La tradition légendaire et annalistique, recoupée par certaines données archéologiques, fait état de l’existence d’un royaume de Van Lang, formé d’une fédération de quinze tribus installées au Nord-Vietnam et gouvernées par les rois Hung dont la succession était héréditaire. La lutte menée contre les crues des fleuves au moment de la mousson d’été, alors que s’étendait la mise en valeur du delta du fleuve Rouge, a favorisé l’installation d’un pouvoir central plus fort, qui s’est progressivement substitué aux communautés antérieures.
-258 avant J.-C. : Thuc Phan, roi des Tay Au (population des régions montagneuses du Nord-Vietnam et de l’actuelle province chinoise du Guangxi) impose son autorité au roi Hung, souverain des Lac Viet qui occupaient les basses terres et le delta. Il crée ainsi le royaume de Au Lac et prend comme nom de règne celui de An Duong. Il met en place une ébauche d’État, avec une cour et une armée. Il installe sa capitale à Co Loa, dans la plaine, à une vingtaine de km de l’actuelle Hanoi. Il y bâtit une puissante citadelle dont les vestiges constituent l’un des sites les plus importants contemporains de cette période.
IIIe siècle avant J.-C. : Naissance de l’empire Han en Chine du Nord.
179 avant J.-C. : Trieu Da constitue le royaume du Nam Viet en rassemblant sous son autorité le royaume de Au Lac et quelques territoires du sud de la Chine.
111 avant J.-C. : Conquête du Nam Viet par un corps expéditionnaire chinois. Les Han intégrent alors l’actuel Vietnam du nord à leur empire, jusqu’à la hauteur du 16e parallèle. Pour plus de dix siècles, le Vietnam se retrouve sous la domination chinoise et menacé d’assimilation culturelle mais l’identité vietnamienne parviendra cependant à se maintenir, même si la culture nationale intègre dans tous les domaines de nombreux éléments chinois. Les Vietnamiens doivent verser à l’empereur un tribut, constitué surtout de produits locaux précieux et consentir le paiement de taxes, impôts et corvées divers pour l’entretien de l’administration locale et la réalisation des travaux nécessaires à la vie du pays. Écriture idéographique et confucianisme s’imposent dans le même temps. Les premiers siècles de l’ère chrétienne voient cependant des progrès de l’agriculture, de la métallurgie du fer et du tissage, à une époque où le Vietnam sous domination chinoise compte environ un million d'habitants. Des relations sont alors régulières avec la Chine et l’Asie du Sud, par la mer que sillonnent de grandes jonques ou par la vallée du fleuve Rouge qui permet de gagner le Yunnan, le Sichuan (Se Tchouen) ou la Birmanie. Outre le confucianisme, le taoïsme chinois et le bouddhisme indien apparaissent au Giao Chi (nom donné par les Han à cette partie méridionale de leur empire).
43 après J.-C. : Une insurrection vietnamienne conduite par une femme, Trung Trac, est écrasée par le général chinois Ma Yuan.
248 : Nouvelle révolte contre la domination chinoise dans la province de Thanh Hoa.
542 : Insurrection dirigée par Ly Bi, un notable de la province de Thai Binh. Il défait les forces chinoises et se proclame en 544 souverain du royaume de Van Xuan mais il est finalement vaincu par les Chinois en 546.
548 : À la mort de Ly Bi, l’un de ses lieutenants, Trieu Quang Phuc, poursuit la lutte en menant des combats de guérilla et peut reconquérir en 550 une bonne partie du pays.
603 : Les divisions qui affectent les Vietnamiens permettent à la dynastie chinoise des Sui de reconquérir le pays. Ce sont les Sui qui installent la capitale administrative du Giao Chi à Tong Binh, l’actuelle Hanoï.
618 : Avènement en Chine de la dynastie Tang, qui fait du Vietnam une base de départ pour pousser ses conquêtes au sud.
679 : Institution par les Tang du protectorat sur l’Annam, le « Sud pacifié ».
766-791 : Insurrection de Phunh Hung, suivie par celle de Duong Thanh en 819-820.
863 : Les troupes du royaume rebelle de Nan Zhao (l’actuel Yunnan) s’avancent jusqu’à Tong Binh qui est détruite. Elles sont rejetées en 865 par le général Gao Bian qui s’efforce ensuite de briser les vélléités vietnamiennes d’indépendance.
Fin du IXe siècle : L’empire Tang est affecté par des troubles internes.
905 : Mort du dernier gouverneur envoyé au Vietnam par l’empereur chinois 938 : Destruction d’une flotte chinoise à hauteur de la baie d’Along. Cet événement marque l’échec de la tentative de reconquête chinoise. Ngo Quyen, le vainqueur des Chinois, se proclame roi en 939 et installe sa capitale à Co Loa où il établit le premier État historique vietnamien réellement indépendant.
944 : La mort de Ngo Quyen ouvre une période d’anarchie féodale mais Dinh Bo Linh réunifie le pays en 967, se proclame roi en 968 et établit se capitale à Hoa Lu, dans l’actuelle province de Ninh Binh. Il fonde la dynastie des Dinh, qui sera remplacée dès 980 par celle des Lê antérieurs.
979 : Assassinat de Dinh Bo Linh. Accès au trône d’un enfant de six ans.
981 : Le général Le Hoan bat un corps expéditionnaire envoyé par le nouvel Empire chinois des Song.
982 : Le Hoan conquiert le pays cham et sa capitale Indrapura, dans l’actuelle province de Da Nang. Une fois écartées les menaces étrangères, l’indépendance du Vietnam est ainsi solidement établie.
1009 : Avènement de Ly Thai Tho, qui transfère l’année suivante sa capitale à Thang Long (qui conservera cette fonction jusqu’au XIXe siècle), sur l’emplacement de l’actuelle Hanoi ( non loin de l’ancienne Tong Binh établie par la puissance impériale chinoise). Ly Thai Tho est le fondateur de la dynastie des Ly qui règnera juqu’en 1225.
1042 : Rédaction d’un code législatif et judiciaire très complet.
1054 : Le successeur de Ly Thai To, Ly Thanh Tong, donne au pays le nom de Dai Viet. La monarchie engage de grands travaux en matière d’hydraulique et d’endiguement, continués sous la dynastie suivante des Tran. À partir de la dynastie des Ly, le pays est partagé en 24 provinces confiées à des proches de la famille royale et une bureaucratie mandarinale est mise en place.
1070 : Le souverain du pays cham Rudravarman III doit céder au Dai Viet le nord de la région de Quang Tri.
1070 : Ly Thanh Tong crée une école de formation morale et administrative inspirée du confucianisme et les premiers concours mandarinaux sont ouverts en 1075. Dans une société où s’imposait la monarchie centralisée et où la lutte contre l’inondation ou l’envahisseur étranger devait mobiliser toutes les énergies, les perspectives de salut individuel ouvertes par le bouddhisme ne pouvaient suffire et il était nécessaire d’introduire une doctrine orientant chacun vers ses obligations sociales, la fidélité au monarque et le respect des hiérarchies établies. La Chine en a fait l’expérience depuis plusieurs siècles et la monarchie vietnamienne va naturellement dans le même sens. Au fil du temps, les lettrés confucéens vont voir leur influence grandir régulièrement au détriment de celles du clergé bouddhique et de l’ancienne aristocratie militaire. L’hostilité des lettrés opposés au bouddhisme s’exprimera notamment, au milieu du XIIIe siècle, sous la plume de Le Van Huu, le premier grand historien vietnamien. En termes d’influence politique, la victoire du confucianisme sera acquise au XIVe siècle.
1075 : Le général Ly Thuong Kiet devance une attaque chinoise en pénétrant dans le sud de l’empire Song et s’empare de la citadelle de Yong Zhou. Deux ans plus tard, les Chinois, déterminés à envahir le Vietnam, sont repoussés lors de la bataille de Nhu Nguyet. L’empereur Song accepte de faire la paix contre la cession de cinq districts frontaliers, dans les provinces actuelles de Cao Bang et de Lang Son mais ces territoires sont recupérés par le Dai Viet dès 1077.
1102 : Construction à Thang Long (Hanoi) de la pagode Quan Thanh (du Grand Bouddha). Le bouddhisme connaît son apogée sous les Ly, qui ont bénéficié de l’appui du clergé des bonzes. Les souverains envoient des missions en Chine pour y recueillir des textes et encouragent la fondation de nouvelles sectes bouddhiques.
1225-1258 : Règne du roi Tran Thai Tong, premier souverain de la dynastie des Tran qui durera jusqu’en 1414.
1253 : L’empereur Yuan Khubilai (un Mongol descendant de Gengis Khan ) s’empare du royaume de Nan Zhao (dans l’actuel Yunnan), menaçant ainsi directement la frontière vietnamienne.
1257 : Les souverains vietnamiens Tran refusent d’autoriser le passage des troupes mongoles qui veulent passer par le nord du Vietnam pour aller réduire les dernières résistances des Song en Chine du Sud. Les Mongols envahissent alors le pays et mettent à sac sa capitale, Thang Long, évacuée par le souverain Tran et la population. Victimes du climat et faute de venir à bout des résistances, les envahisseurs sont finalement contraints de se replier mais espèrent toujours rattacher à leur empire le Dai Viet et le Champa.
1282-1284 : Débarquées au Champa, les forces mongoles échouent dans leur tentative de conquête du pays mais peuvent menacer le Dai Viet à partir du sud.
fin 1284 : Les Mongols envahissent le Dai Viet défendu par le roi Tran Nhan Tong et le général Tran Hung Dao. Ils franchissent le fleuve Rouge et mettent de nouveau à sac la capitale. Ils réussissent à contrôler le delta du fleuve Rouge et les provinces de Thanh Hoa et de Nghe An, c’est-à-dire la majeure partie du pays « utile ». Ils doivent cependant compter avec la dispersion de leurs forces, avec les menaces pesant sur leurs communications ainsi qu'avec la « terre brûlée » que leur opposent les populations.
Juillet 1285 : L’une des armées mongoles est écrasée à Tay Ket. Dès le mois suivant, tout le pays est libéré.
1287:Échec d’une nouvelle tentative d’invasion mongole. Tran Hung Dao inflige aux mongols une défaite définitive en détruisant leur flotte en avril 1288. La mort de Khubilai, survenue en 1294, met fin aux tentatives de la cour de Pékin contre le Dai Viet, qui peut préserver son indépendance en payant simplement un tribut annuel.
1293 : Le roi Tran Nhan Tong abandonne le trône pour se retirer dans un monastère et fonder, avec deux autres bonzes, la secte de la Forêt de Bambous (Truc Lam).
1306 : Le roi Tran Anh Ton donne en mariage sa sœur au roi de Champa et se rapproche ainsi du royaume voisin du sud, ce qui lui permet de récupérer la région de Hué, future capitale de l’Annam. La guerre reprend dès 1307 (à la mort du souverain cham, son épouse vietnamienne devait normalement être brûlée sur son bûcher funéraire, selon le rite indien). La lutte se poursuivit jusqu’à la fin du XIVe siècle, qui vit la défaite finale du Champa, l’extension du territoire vietnamien au delà de Tourane et la subordination de ce qui restait du royaume voisin.
1341-1369 : Règne de Tran Due Tong.
1400 : L’un des généraux vainqueurs des Cham, Lé Qui Ly prend le pouvoir et le titre dynastique de Ho Qui Ly, ce qui offre à la Chine l’occasion de revenir sur la scène vietnamienne à l’appel des partisans de la dynastie légitime. L’usurpateur est fait prisonnier en 1407 mais le prétendant légitime Tran meurt au même moment, fournissant ainsi à la Chine l’opportunité de récupérer ce qu’elle considère toujours comme ses provinces méridionales.
Juillet 1407 : L’empereur chinois de la nouvelle dynastie Ming décide d’intégrer le Dai Viet à l’Empire chinois et d’y rétablir une administration directe. À cette époque, un recensement général donne une population, pour le Dai Viet, d’environ trois millions d’habitants auxquels s’ajoutent un peu plus de deux millions de « barbares » correpondant aux tribus montagnardes des vastes régions périphériques du pays. L’encadrement très étroit de la population et le poids de la pression fiscale, la déportation des artisans les plus compétents en Chine et la destruction de la culture vietnamienne suscitèrent rapidement des révoltes et les Ming durent faire campagne de manière quasi continue pour maintenir leur autorité sur le Dai Viet, mais, de 1407 à 1411, les princes issus de l’aristocratie Tran ne purent assurer la victoire de la résistance vietnamienne.
Février 1418 : Un notable de la province de Thanh Hoa, Le Loi, prend la tête d’une insurrection et se procalme roi sous le nom de Binh Dinh Vuong. Secondé par le lettré Nguyen Trai, il se pose en champion de la lutte contre les Ming.
1424-1425 : Le Loi prend le contrôle des provinces de Nghe An et de Thanh Hoa.
Novembre 1426 : Battues à Tot Dong, les forces des Ming doivent demeurer sur la défensive.
Octobre 1427 : Une armée Ming venant de Lang Son est taillée en pièces à la passe de Chi Lang. En décembre, le général chinois Vuong Thong doit reconnaître sa défaite et évacuer le pays à l’issue d’une guerre d’indépendance de près de dix ans. La Chine des Ming ne devait plus ensuite attaquer le Dai Viet. La victoire permettait en 1428 l’installation durable de la dynastie des Le qui allait demeurer au pouvoir jusqu’en 1793.
1429 : Le roi promulgue une série de mesures favorables aux petits paysans propriétaires, mesures confirmées par Le Thanh Tong en 1477.
Premier tiers du XVe siècle : Plusieurs révoltes de peuples minoritaires affectent l’ouest et le nord-ouest du pays mais elles sont réprimées.
1442 : Victime d’une cabale de courtisans, Nguyen Trai, l’un des plus remarquables esprits de son temps, qui avait pris une part déterminante à la lutte contre les Ming, est condamné à mort et exécuté.
1460-1497 : Règne de Le Thanh Tong. Il favorise l’extension de l’espace agricole et l’accroissement de la production, ce qui garantit le pays contre les risques de famine.
1467 : Le souverain réglemente la désignation des notables villageois et fait établir une carte d’ensemble du royaume.
1470 : Victoire vietnamienne sur les Cham. La frontière du royaume vietnamien se trouve alor reportée vers le sud, de Tourane au cap Varella. Le Thanh Tong divise le pays en douze provinces et entreprend une œuvre considérable d’organisation administrative et fiscale. Il fait compléter les Annales de l’Annam dont une première rédaction avait été réalisée sous son prédécesseur Le Nhon Tong.
1483 : Promulgation du code Hong Duc, le plus complet de l’histoire du Vietnam traditionnel, qui demeurera en vigueur jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.